mardi 27 février 2018

Bilan provisoire de l’afflux de sizerins en Aquitaine durant l’automne-hiver 2017-2018



Cet automne-hiver est marqué par un exceptionnel afflux de sizerins flammé et cabaret en Europe (en plus d’autres passereaux comme les gros-becs casse-noyaux, mésanges noires, becs-croisés…), du selon The Telegraph,repris par les Refuges LPO,à une faible fructification des arbres en Europe centrale (Allemagne) et dans les Balkans (notamment Roumanie). Des milliers de contacts ont ainsi eu lieu partout en France, et l’Aquitaine a elle aussi eut son lot de données. L’heure est venue de faire un premier bilan de cet afflux en Aquitaine et de clarifier identification parfois complexe des deux espèces de sizerins observables en France.



1   Taxonomie et identification

Si les sizerins étaient encore regroupés il y a peu sous le nom générique de sizerin flammé (Carduelis flammea), des études récentes ont modifié sa taxonomie : l’espèce a ainsi été « splittée », c’est-à-dire que les différentes sous-espèces sont maintenant considérées comme des espèces à part entière. Le nom de genre a par ailleurs aussi été modifié (Jiguet& la CAF, 2004).

On distingue ainsi désormais :

*le sizerin cabaret (Acanthis cabaret). C’est cette espèce qui se reproduit par exemple en France (Alpes) et dans les pays alentours (îles britanniques, Belgique…). Elle prolonge au sud l’aire de répartition du sizerin flammé.

*le sizerin flammé (Acanthis flammea), appelé aussi sizerin boréal, qui niche notamment en Scandinavie et nord Russie.



Les sizerins cabarets et flammés étant soumis à homologation régionale de par leur rareté et leurs difficultés d’identification, toute observation doit faire l’objet d’une description prenant en compte un ensemble de critères distinctifs (et non un seul critère, car il existe une proportion non négligeable d’oiseaux non typiques…).

Voici résumés ci-dessous les critères les plus fiables pour distinguer rapidement sur le terrain les deux espèces. Précisons que ces critères sont valables pour les individus les plus typiques et que des variations existent (en fonction des individus, de l’âge, du sexe, de l’avancement des mues…)






Tableau récapitulatif des principaux critères distinctifs entre les sizerins cabaret et flammé

Espèces
Critères
Sizerin cabaret
Sizerin flammé
Taille
Plus petit et plus fin (projection primaire assez courte)
Plus grand et massif avec projection primaire plus longue (mais il existe des chevauchements)
Bec
Petit, pointu et jaune
Plus fort et long
Teinte générale
Chamois-brun, teintes chaudes
Grisâtre, teintes froides
Barres alaires
Deux barres alaires blanc-chamois
Barres alaires blanches
Flancs
Chamois peu striés de brun, de même teinte que la tête.
Pâles fortement striés de sombre
Dos
Fortement strié de chamois
Stries pâles, zones plus claires
Croupion
Brun-roux plus ou moins strié de sombre, contrastant peu avec le dos
Pâle plus ou moins strié de gris-brun, généralement plus pâle que le reste du corps (pouvant paraître blanc en vol)
Tête
Joues unies chamois de même couleur que le reste de la tête, « virgule » peu nette délimitant les joues.
Cercle oculaire clair nettement délimité et visible

Joues grises délimitées par une virgule sombre généralement nette.
Cercle oculaire pâle incomplet et peu visible

Quelques photographies pour illustrer quelques-uns des critères présentés :



Sizerin cabaret, marais d’Orx, 2 décembre 2017 (Sylvain Tardy).

Sizerin cabaret, Arès, 20 décembre 2017 (Franck Jouandoudet)

Sizerin flammé, Finlande, juillet 2010 (Sylvain Tardy).



Les sons émis par les sizerins, caractéristiques (« tieptieptiep ». Enregistrement sonore réalisé par Frédéric Cazaban au marais d’Orx, 2 décembre 2017 à l’adresse suivante), ne permettent cependant pas de distinguer à eux seuls le cabaret du flammé.

A ce jour, aucun sizerin flammé n’a été identifié en Aquitaine. Tous ceux identifiés ont été des sizerins cabarets, les autres ont été renseignés en sizerins indéterminés, en raison de critères diagnostics insuffisants ou seulement parce que les oiseaux ont été contactés auditivement. Chers observateurs, veillez donc à scruter ces critères lors de vos prochaines observations !

La bibliographie disponible au lien suivant bibliographievous apportera les informations et illustrations nécessaires pour faciliter vos prochaines identifications de ces magnifiques et souvent coopératifs oiseaux !





Bilan provisoire des observations de sizerins en Aquitaine cet automne et cet hiver

Remarque : certaines données sont encore en cours d’homologation et d’autres sont à venir !

Périodeallant du 1erseptembre 2017 au 3 février 2018
Départements

Taxons
33
40
64
24
47
Sizerin cabaret
Nombre de données homologuées
17
1
1
12
0
Nombre d’oiseaux
>28
3
1
2
0
Sizerin sp
Nombre de données homologuées
12
3
1
3
0
Nombre d’oiseaux
21
>5
1
6
0




Si la majorité des observations concerne la Gironde (avec un stationnement prolongé sur Arès d’au moins 9 oiseaux), un sizerin cabaret visite ponctuellement la même mangeoire de Dordogne depuis le 28 décembre !

Amis du Lot-et-Garonne, c’est donc le moment rêvé pour votre première donnée départementale de sizerin !



Gardez donc un œil sur vos forêts d’aulnes et de bouleaux favorites…Et comme les tarins commencent aussi à venir massivement aux mangeoires, ils amèneront peut-être avec eux quelques sizerins...A vos jumelles et bonnes observations.



Sylvain Tardy

Bibliographie

Jiguet F., 2004. En direct de la CAF. Décisions récentes prises par la Commission de l’Avifaune Française. Ornithos 11-5 : 230-245.

mercredi 17 janvier 2018

Observation d'un Goéland de la Baltique Larus f. fuscus bagué dans les Landes : une première pour l'Aquitaine



Dans le cadre d’un suivi des laridés au courant de Mimizan, un passage sur le site a été réalisé le 2 janvier à marée basse. Le temps était encore très agité avec des rafales autour de 60km/h, néanmoins peu de goélands étaient rentrés se mettre à l’abri, dont seulement une trentaine de goélands bruns Larus f. graellsii. Parmi ces derniers se trouvait un goéland de premier hiver (2A), court sur pattes et assez élancé. Cependant, les conditions météorologiques ne permettaient pas une bonne observation. L’oiseau portait une bague blanche avec le code CF6T écrit en noir. Ce n’est qu’en recherchant le programme de baguage plus tard que je réalisais que l’oiseau était de la sous-espèce fuscus. En effet, l’oiseau a été bagué poussin le 9 juillet 2017 à Pietarsaari en Finlande (voir carte), par Ralf Wistbacka. Dans cette région, seule la sous-espèce fuscus niche. Par ailleurs, les caractères suivants, visibles sur la photo, plaident pour cette sous-espèce : bec fin (1) et tête plus « délicate » (2), écharpe plus pale entre la tête grisée et le cou grisé (3), aspect allongé du corps de l’oiseau (4) et pattes courtes (5). Néanmoins, ces critères seuls ne sont pas discriminants, et devraient idéalement être complété par le détail de la mue des primaires. Cette dernière commence en effet en hiver chez le 1er hiver de goéland de la Baltique, et donc bien plus tôt que chez ses cousins plus méridionaux.


Goéland de la Baltique Larus f. fuscus de premier hiver bagué CF6T (noir sur blanc) - Mimizan, Landes, 2 janvier 2018 (Sophie Damian)


Le goéland de la Baltique est une sous-espèce très rare en France, mais dont la présence y est sans doute sous-estimée en raison de son identification ardue. L’espèce hiverne normalement en Afrique de l’Est, passant par l’Europe central et l’Est de la Méditerranée. Cependant, quelques individus ont été observés récemment en hivernage en Espagne (Garcia-Barcelona & al., 2017). Il est probable que l’observation du 2 janvier s’inscrive dans ce contexte. Il s'agit de la première donnée homologable pour la région.


Origine de du Goéland de la Baltique CF6T, bagué poussin en Finlande le 9 juillet 2017 et observé dans les Landes le 2 janvier 2018.


Bibliographie :


Garcia-Barcelona S., Gutierrez A., Koskinen H., Baez J. C. & Martin G. (2017) Nuevo conocimientos sobre la invernada y la migracion de la gaviota sombria en Espana. Anales de biologia n°39; 127-136.
Olsen K.M. & Larsson H. (2004) Gulls of Europe, Asia and North America. Princeton University Press.



Sophie Damian